En 2019, nous avons rencontré Matthieu Charrier dans le cadre de La Nouvelle Onde, alors qu'il était nommé lauréat "Je Choisis Tout" des #PrixLNO 2019. Depuis, nous avons suivi son parcours et alors qu'Emily s'apprête à intervenir le 21 janvier prochain pour un atelier à La Cordo, la SMAC de Romans-sur-Isère (26) pour laquelle il travaille, nous avons souhaité lui donner la parole. Matthieu nous a parlé de ses missions aujourd'hui, des artistes qu'ils croisent au quotidien et a donné une définition de l'accompagnement, une notion très (trop ?) employée aujourd'hui. Il est également revenu sur l'impact de la crise sanitaire actuelle sur sa structure et les enjeux à venir. Une interview authentique, politique et passionnante. Bonne lecture !

Peux-tu présenter ton parcours et ce que tu fais aujourd’hui ?

J’ai démarré autour de 2011-2012 dans l’événementiel, je faisais de la régie technique dans ma région d’enfance vers Angoulême puis à la SMAC de La Nef en parallèle de l’ENSATT à Lyon. Je suis ensuite parti au Mans valider une licence pro de Gestion et développement des structures musicales en partenariat avec l’université du Maine et Trempolino. J’ai ensuite pris la route de Paris chez Caramba comme chargé de production.

En 2017, je suis revenu à Lyon dans la salle Hip Hop Bizarre ! en tant que régisseur principal. En parallèle je m’occupais d’un label Lyonnais et du festival Off d’Avignon comme régisseur général. Fin 2019 j’intègre La Nouvelle Onde comme lauréat « Je choisis tout ».

Début 2020 je reprends la route pour Romans-sur-Isère (26) comme responsable de l’accompagnement artistique à la SMAC La Cordo. En parallèle j’exerce une activité de parolier et slameur sous le nom de MPJ et gère mon entreprise Discordant Music qui opère dans l’accompagnement artistique et scénique, le coaching et le volet formation / conférence sur les risques auditifs en partenariat avec Agi-Son.

Quelles sont les missions de la Cordo et sur quels domaines interviens-tu ?

L’accompagnement artistique est une mission assez large.

Je m’occupe essentiellement des résidences, de l’accompagnement des artistes professionnels, émergents et amateurs, des partenariats de réseaux professionnels, un peu de programmation et la coordination du réseau départemental des musiques actuelles de la Drôme. Il y a aussi la gestion du pôle accompagnement avec les locaux de répétition et d’enregistrement en lien avec le régisseur des studios.

Quels sont les besoins en matière de formations et d’accompagnements que les artistes et professionnels de la musique rencontrent ?

C’est très varié, être artiste aujourd’hui c’est être entrepreneur. Il faut avoir de plus en plus de compétences sur toute une palette du spectacle vivant et au-delà.

L’accompagnement c’est à 360°, parfois manageur, parfois juriste, parfois accompagnant, parfois intervenant artistique ou scénique, stratège, administrateur, régisseur, bref tout un panel de métiers se mêle. C’est important de toujours expliquer en détail ce mot, personne ne comprend la notion « accompagnement », et pourtant tout le monde en fait à une certaine échelle mais ça reste très vaste.

Du point de vue de la formation, il y a plusieurs portes d’entrée. A La Cordo, je l’adapte en fonction des échanges et des demandes avec les artistes. J’essaye de proposer un programme au trimestre qui se complète sur l’année et également avec les autres SMAC de la région. Nous naviguons autours de 4 grandes thématiques : artistique, technique, communication et administratif, avec des workshops pratiques et théoriques, parfois des journées de formation et toujours avec un renouvellement des intervenants.

Ensuite, il y a les demandes de résidence, le suivi des carrières d’artistes, la mise en réseau, de la programmation, du soutien technique ou le développement des groupes… C’est un peu l’assistante sociale de la musique mais en plus.

Le 21 janvier, Emily animera un atelier (en visio) sur la communication digitale. A qui s’adresse cet atelier et en quoi ce sujet t’a paru important à aborder ?

Ce sujet s’adresse à tous et toutes. C’est une thématique pertinente à aborder en ce moment particulièrement. La communication digitale prend aujourd’hui une place très importante dans la carrière d’artiste, encore plus aujourd’hui avec la pandémie du COVID-19. Il y a tellement de contenus qu’il n’est vraiment pas facile de se démarquer et la tendance va à se noyer dans l’immensité du web.

La question COVID-19 : comment avez-vous géré au sein de la Cordo la crise sanitaire et surtout, comment envisagez-vous les prochains mois à venir ?

On s’est adapté le plus possible tout en restant présent mais sans s’acharner. C’est plus simple en théorie quand pratique…

Annuler et reporter, on peut le faire mais à un moment il y a des bouchons énormes. Se pose aussi la question du sens ou du timing du projet après tout ce temps.

Nous avons pu maintenir uniquement les résidences professionnelles, les enregistrements de pros et quelques workshops en distanciel. De plus nous avons traversé la crise sans directeur et ça à sa petite importance dans des moments de décisions comme ça.

L’équipe était dans une dynamique très différente : certains à temps plein, d’autres au chômage partiel voire quasi total, certains en distanciel, d’autres en présentiel. Pas facile pour une équipe de fonctionner ainsi, c’est épuisant.

2021 ont aimerait se dire que ça ira mieux, mais être réaliste c’est aussi mesurer l’impact restant de la pandémie sur les prochains mois. Il y a plusieurs temporalités. J’ai espoir que l’activité, dont les concerts assis, redémarre autour d’avril-juin. La question de la pratique amateur est très embêtante et peut rester bloquer jusqu’à l’automne. Quant au retour des concerts debout, c’est difficile d’y penser prochainement même sur 21…

Dans tous les cas l’enjeu sera énorme : essayer de maintenir les engagements, étendre le planning au maximum, soutenir la filière ainsi que les intermittents et surtout retrouver le public, le faire venir…

Selon toi, quelles sont les spécificités de la scène musicale drômoise ? Des artistes locaux à conseiller à nos lecteur.ice.s ?

La Drôme est un territoire compliqué, rural et étendu.

Les acteurs professionnels ont mis du temps à se rassembler et à construire ensemble, nous sommes encore presque au début. La SMAC date de 2013 et n’a pas su s’adapter aux besoins des musiciens locaux et créer des partenariats avec les autres acteurs culturels. Les musiciens en ont souffert, et ça les a souvent poussé à fuir La Cordo et la Drôme pour Lyon.

Ici, il y a un vivier d’artistes notamment dans le Hip Hop et l’Electro. Les acteurs locaux qui n'ont pas pris le virage de ces styles musicaux au bon moment. Aujourd’hui il y a une envie de travailler ensemble et la dynamique actuelle est bonne, des réseaux d’artistes se forment et il faut continuer d’ouvrir la porte et d’avoir un lien fort avec le territoire.

A découvrir : Odalie (électronica), I Am Sparrow (électro), Mes Pri (rap), Supa Dupa (hip-hop jazz), Kriteria (métal), Melba (chanson).

Un dernier mot pour la fin ?

Merci à Emily et Clara pour tout le travail immense qu’elles font à travers énormément d’activités. J’ai eu le plaisir d’être lauréat du plus beau prix de la Nouvelle Onde en 2019 et ainsi de les rencontrer. C’est de ce genre de personnes dont le monde a besoin aujourd’hui. Implication, passion, prise de position, défense des droits et des libertés, conscience, dynamique, force de proposition et d’innovation.... Ça fait grand bien de découvrir de telles personnes. Et courage bien sûr à toutes et à tous dans cette pandémie, espérons que nous pourrons à l’avenir retrouver nos libertés et faire évoluer ce monde dans le bon sens.

Il y a un vrai changement à imaginer dans les musiques actuelles particulièrement dans les SMAC qui ont 10 ans de retard sur la réalité des pratiques. C’est à nous tous de donner une nouvelle impulsion pour sauver le modèle des musiques actuelles en France et le mettre à la page. Et courage bien sûr à toutes et à tous dans cette pandémie, espérons que nous pourrons à l’avenir retrouver nos libertés et faire évoluer ce monde dans le bon sens.

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