La 10ème édition du MaMA Festival & Convention a fait la part belle à une thématique majeure : la place des femmes dans l’industrie musicale. Plusieurs tables rondes, échanges et conférences ont donc été organisés, et parce que c’est un sujet dont il faut (malheureusement) toujours discuter en 2019, nous avons décidé de le remettre en avant chez nüagency.

Emily a organisé et co-animé deux conférences sur la place des Femmes dans la Musique en compagnie de Sophie Bramly, productrice. La première était dédiée aux chiffres et aux mesures, afin d’établir un premier diagnostic de la situation en France. La seconde a été l’occasion de mettre en lumière les dispositifs d’accompagnement et de mise en réseau des femmes dans la musique en France et en Europe.

Vous pouvez lire le premier compte rendu ci-dessous, et découvrir celui de la seconde table ronde ici.


Les Femmes de la musique : Et maintenant on fait quoi ? – Ressources & Diagnostic


9 intervenant.e.s d’organisations professionnelles différentes ont pris la parole pour mettre en avant des chiffres concernant la place des femmes dans la musique en France et faire le point sur les premières mesures et outils mis en place pour s’attaquer aux causes systémiques des inégalités persistantes dans la filière.

Quatre thématiques ont donc été abordées sur ce panel :

Représentation & proportion des femmes

Pour Suzanne Combo, déléguée générale de la GAM, la représentativité des femmes dans la musique, qu’elles soient musiciennes ou techniciennes, passe par des campagnes (« Tu joues bien pour une fille » de HAF Île-de-France) et des interventions à l’école afin de donner l’exemple dès le plus jeune âge.

La représentativité passe également par la déconstruction de la question du genre, en ce qui concerne les esthétiques musicales et la pratique d’instruments, selon Armonie Lesobre, directrice de la FNEIJMA. « Le jazz est associé à la virtuosité et à la technicité, deux notions associées au genre masculin. Il faudrait pouvoir valoriser d’autres qualités pour permettre à d’autres personnes de se projeter. »

Philippe Fanjas, directeur de l’Association Française des Orchestres, est revenu sur les chiffres : la proportion de femmes instrumentistes dans les orchestres tend à augmenter chez les plus jeunes (40% de femmes chez les moins de 50 ans, contre 37% au total), grâce aux caractéristiques de l’orchestre qui propose de l’emploi permanent et effectue ses recrutements à l’aveugle. « Cependant, la question du modèle est importante : la proportion de petites filles qui choisissent les cuivres ou les percussions sont les mêmes que les femmes enseignantes pour ces instruments. »

Agnès Saal, haute fonctionnaire au Ministère de la Culture, a rappelé que l’égalité femmes-hommes dans la musique « est un objectif, mais clairement pas une réalité. La question des stéréotypes est très ancrée et constitue une difficulté supplémentaire pour que les femmes accèdent aux mêmes fonctions que les hommes. Le Ministère de la Culture a une responsabilité majeure sur ce sujet, et tous ces chiffres permettent d’identifier les bons leviers pour faire progresser de manière significative la situation. » Elle a soulevé la nécessité de faire apparaître des rôles modèles positifs, l’obligation de parité a minima dans les commissions et jurys qui décident du recrutement pour des postes de responsabilité ainsi que le phénomène d’autocensure de la part des femmes.

Aides aux projets et rémunération des femmes

La rémunération est un véritable enjeu pour les femmes dans la musique, notamment en termes d’aides : comment augmenter le nombre de projets portés par des femmes ou des projets dits féminins qui demandent des aides, et comment augmenter les montants alloués à ce type de projet.

Les projets avec des leads féminins représentent seulement 25% du montant global des aides du CNV, a expliqué Eva Renaud, chargée des aides aux accompagnements du CNV. « Il faut actionner des systèmes de mise en confiance pour que les projets portés par des femmes soient plus nombreux », a rebondi Catherine Boissière, directrice de la communication de la Sacem. La Sacem a récemment mis en place un incubateur de talents avec HEC et le festival Présences Féminines pour accompagner le développement de la création de musique contemporaine chez les femmes. La Sacem travaille également sur le matrimoine musical et le repérage de nouveaux talents féminins.

Malika Séguineau, directrice générale du Prodiss, est revenu sur les premières Assises des Femmes de la Musique et du Spectacle, organisées par 13 organisations professionnelles le 19 juin 2019. Pour elle, l’accompagnement doit aussi se faire auprès des entrepreneuses qui recherche des financements (crédits bancaires, aides, etc.)

Enfin, l’égalité salariale des musiciennes see joue principalement sur la longévité et la carrière des artistes, a rappelé Karine Huet, Secrétaire générale adjointe chargée des affaires internationales de la SNAM-CGT. Les musiciennes subissent plusieurs ruptures de carrières comme la maternité ou l’âge et « à 40 ans, on est vieille quand on est chanteuse et/ou musicienne, donc on travaille moins, on gagne moins d’argent, donc on a moins de retraite. Pour régler cette situation, il faut mettre plus de femmes sur scène tout simplement. » La SNAM-CGT a voté une motion selon laquelle ses représentant.e.s doivent défendre toutes les mesures incitatives et notamment les quotas concernant la programmation de femmes.

Formation et progression de carrière

Pour Philippe Fanjas de l’Association Française des Orchestre, au-delà des chiffres, c’est la représentation mentale qui permettra de changer ce paradigme. Ainsi, le collectif TPLM souhaite créer un module dans les collèges et lycées avec l’association Génération Numérique, dédié à l’égalité Femmes-Hommes dans la musique : « l’idée est d’organiser des rencontres entre les jeunes et des modèles féminins (artistes, techniciennes, entrepreneuses, permanentes, etc.) », a expliqué Malika Séguineau du Prodiss.

La Sacem a également lancé une grande enquête qui sortira au premier trimestre 2020, afin d’identifier les obstacles (représentation mentale, ruptures de carrières, etc.) et de mettre en place une série de mesures dans le domaine du mentorat, de la formation, de la mise en réseau, etc. « Par ailleurs, il existe un vrai chantier sur la formation à mettre en place avec l’AFDAS. », a expliqué Catherine Boissière de la Sacem.

Enfin, pour Armonie Lesobre de la FNEIJMA, il faut travailler à une revalorisation des métiers de la musique, notamment les fonctions supports et soutiens aux artistes, et élargir la formation musicale à l’école. « La filière musicale se construit par cooptation et affinités. Les jeunes garçons ont déjà joué en groupe avant d’entrer en formation, et ont déjà un réseau, ce qui n’est pas le cas des jeunes filles. » La formation des femmes permettrait également de ne pas les cantonner exclusivement au lead, où il est compliqué de se pérenniser, et d’avoir plusieurs compétences pour augmenter le nombre de projets sur lesquelles elles travaillent.  

Lutte contre les violences sexistes et sexuelles

Le CNV a constaté que seules 5% des structures affiliées avait mis en place des dispositifs pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. En revanche, deux-tiers d’entre elles souhaitent mettre en place ces dispositifs. Le CNV a donc ouvert des aides au diagnostic qui permettent à des festivals ou des lieux de diffusion d’être accompagnés sur la prévention et la prise en charge des violences sexistes et sexuelles au sein de leur organisation.

Côté Ministère de la Culture, une cellule d’alerte composée d’avocats et de psychologues a été mise en place pour les 30 000 agent.e.s. du ministère. Elle a été étendue aux 37 000 étudiant.e.s des écoles directement liées au ministère. Agnès Saal a également annoncé le lancement d’un programme de formation sur 4 ans, confié au groupe Egae, auprès des agent.e.s du ministère de la culture pour identifier, prévenir et traiter les comportements de violence et de harcèlement.

Emily Gonneau a aussi mentionné qu’Audiens étudiait la mise en place d’une cellule d’écoute psychologique et juridique pour les victimes de violences sexistes et sexuelles et Paye Ta Note, qui collecte des témoignages de femmes musiciennes.

Karine Huet de la SNAM-CGT a rappelé que pour prévenir ces violences sexistes et sexuelles, il faut d’abord une prise conscience chez les femmes et les hommes. Suzanne Combo de la GAM a renchéri : « le travail doit être fait conjointement par les femmes et les hommes pour s’éduquer ensemble : c’est une prise de conscience générale dont nous avons besoin. »

 

Après ce premier diagnostic et ces échanges, Stéphanie Gembarski, chargée de mission auprès de la Fedelima, a présenté wah-egalité.org, une plateforme de ressources qui a pour objectif de valoriser toutes les initiatives et projets mis en place pour aller vers l’égalité Femmes-Hommes dans la filière musique en France.

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