Le 20 octobre, nüagency a organisé un atelier sur le thème de l’impact et des enjeux des enceintes connectées dans la filière musicale. Modérée par Emily Gonneau, cette table ronde accueillait Suzanne Combo de la GAM, François Millet de 44, Alexandre Aime de Deezer et Jean-Luc Biaulet de Music Story.

En premier lieu, Emily Gonneau a tenu à donner quelques chiffres pour contextualiser le débat : - 65% des utilisateurs d’enceintes connectées écoutent plus de musique depuis qu’ils l’ont acheté - 47% des acheteurs d’Amazon Echo aiment leur enceinte connectée parce qu’elle joue de la musique et des livres - 28% des propriétaires d’enceinte connectée qui estiment cela les a conduits à devenir abonné à un service de musique

Les enceintes connectées, apparues depuis peu sur le marché, posent aujourd’hui de véritables questions pour l’industrie musicale. Emily Gonneau a rappelé les enjeux de ce nouvel outil concernant la découvrabilité, les revenus des artistes et ayant-droits et les données et métadonnées.

Emily Gonneau a interrogé François Millet en premier sur cette déclaration : « L’enceinte connectée est le nouvel iPod familial, elle refixe la consommation de musique dans le domicile. » Le premier usage de ces enceintes est d’abord d’écouter de la musique.

François Millet a également partagé un tableau comparatif des principales enceintes connectées disponibles sur le marché. Elles ne sont que la suite logique du modèle économique des grands groupes comme Google, Amazon et Apple. « Il y a une position stratégique à prendre dès maintenant sur le marché français. »

Jean-Luc Biaulet a ensuite abordé le sujet des données et métadonnées des titres musicaux. « Avec ces nouveaux outils, le type de données concernant les titres va radicalement changer » afin de correspondre aux différents usages qu’impose un contrôle par la voix. « Ce n’est qu’un premier pas vers l’intelligence artificielle qui va être implantée partout. » Emily Gnneau a ainsi mentionné le fait qu’il était possible d’affiner l’intelligence artificielle de ces enceintes pour qu’elles puissent notamment reconnaître la voix d’un des membres de la famille et lui proposer un contenu adapté. Le travail sur ces données descriptrices, qui permettent de classer des titres en fonction du nom de l’artiste, de la date d’édition, ou même du style de musique est bien plus important qu’avant en termes qualitatifs.

En effet, selon Alexandre Aime, la donnée devient fondamentale pour les plateformes de streaming comme Deezer. Ces enceintes connectées sont contrôlées par un système d’exploitation vocal, sans aucun support visuel. « Or, on ne peut chercher ce qu’on ne connaît pas encore. C’est un vrai enjeu concernant la découvrabilité des artistes. » L’enjeu musical se situe au niveau des pure-player comme Deezer, qui fournissent l’intelligence à l’enceinte. « Nous sommes en train d’apprendre comment les gens communiquent avec leur enceinte, ce qui va déterminer de quelles données nous aurons besoin. » Pour Suzanne Combo de la GAM, les artistes ne sont pas encore à maturité concernant les données écrites. Or de l’information découle la rémunération. « Peut-être que ce nouvel usage et ces besoins en termes de données descriptrices vont nous permettre de mieux qualifier les données. »

Suzanne Combo a également soulevé le fait que ces enceintes connectées représentent un nouvel intermédiaire entre les artistes et les fans. « On rêvait de désintermédiation grâce au digital, mais on peut plutôt parler d’un réintermédiation, voire d’une multiplication d’intermédiaires. Il faut que les artistes s’intéressent à ce débat et s’en emparent, en devenant moteur pour une juste rémunération de leur travail. »


Emily Gonneau a ensuite conclu la table ronde en demandant l’avis des intervenants sur trois affirmations.

- Les enceintes connectées par la voix vont devenir la nouvelle voie royale permettant aux services de streaming de toucher de nouveaux abonnés potentiels 

Pour Alexandre Aime, Jean-Luc Biaulet et François Millet, ces enceintes connectées vont effectivement amener une nouvelle cible à s’abonner à des services de streaming. Suzanne Combo pose une question plus large : « Les éditeurs de service en ligne de streaming, qui sont des pure-player, vont devoir travailler avec Google par exemple, à qui appartient YouTube, qui est un hébergeur. Comment ces modèles économiques vont-ils cohabiter ensemble ? Et que vont devenir les artistes, qui créent le contenu indispensable à ces modèles ? »

- Plus le marché des enceintes connectées se développera et plus les revenus pour les ayant-droits et les artistes augmenteront

Pour Suzanne Combo, cela dépend : mathématiquement oui, mais pour qui ? « Aujourd’hui, les ayant-droits sont rémunérés au pro rata numeris. L’argent d’un auditeur qui n’écoute que du métal va plus profiter à Rihanna qu’à son groupe de métal favori. » Une approche user-centric, sur laquelle Deezer travaille, permettrait de savoir qui a écouté quoi et à qui l’argent doit revenir. Les enceintes connectées permettront-elles de détecter précisément les modes de consommation de ses utilisateurs ?

- Team « Les enceintes connectées pilotées par la voix vont dominer le marché d’ici quelques années » ou Team « La techno de pilotage par la voix va faire du marché des enceintes connectées la prochaine bulle à exploser »

Pour Alexandre Aime et Jean-Luc Biaulet, les systèmes d’exploitation vocaux ne vont pas s’arrêter à l’enceinte connectée et vont être déployés dans toutes les interfaces possibles (ordinateurs, voitures, lunettes…). François Millet parie plutôt sur la seconde proposition. « On pourra désormais acheter des billets, acheter de la musique…. Les producteurs de spectacle nationaux ou les vendeurs de billets nationaux pourront développer leur service au sein d’un système vocal, mais quid d’un producteur local ? C’est peut-être là que se trouve l’enjeu de demain… »

Vous pouvez réecouter l’intégralité de cet atelier sur le site du MaMA.

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