L'IRMA est l'une des premières structures à nous avoir fait confiance dès les débuts de nüagency et depuis 5 ans, nous y proposons des formations sur le community management et les réseaux sociaux. Cette association, centrale dans le secteur des musiques actuelles, continue de proposer des services aux acteurs de l'écosystème avec, entre autres, le Baromètre des Métiers, le MaMA Invent, l'enquête 2016 des startups de la musique... L'occasion de rencontrer le directeur de l'IRMA, Gilles Gastagnac pour aborder ces sujets dans une longue interview. A lire !

Pouvez-vous présenter l’IRMA, ses différentes missions et ce que vous y faites ?

IRMA, ça veut dire « Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles ». C’est un organisme qui publie des guides, propose des formations, un site d’actualités, de la veille, une plateforme de recrutement, assure du conseil, gère la base de données des professionnels, organise des rencontres, des conférences, etc… tout ce qui aide les acteurs à avancer dans leur parcours et leurs projets. En fait, cela va plus vite de dire ce qu’on ne fait pas : le financement et l’artistique.

Nous sommes dans les coulisses du métier, un accompagnateur de l’écosystème... et pour cela, missionnés par le Ministère de la Culture et soutenus par les organismes professionnels comme l’Adami ou la Sacem. J’en suis le directeur.

Et, rapidement, pour votre parcours personnel… ?

Je suis journaliste. J’ai travaillé pour différents médias (quotidiens, magazines spécialisés…) et j’en ai créés aussi. En parallèle, je me suis toujours investi dans la musique (organisation de concerts, management…) et je suis un des fondateurs du Centre d’Information du Rock qui est à l’origine de la création de l’Irma. J’ai aussi rédigé des rapports (sur le disque, l’intérêt général…) pour le ministère de la Culture, ainsi que des guides professionnels, pour le CIR justement.

L’IRMA a présenté la nouvelle édition du Baromètre des Métiers de la Musique et a annoncé au même moment l’arrêt de l’Officiel de la Musique, le guide-annuaire papier des musiques actuelles. Certains s’en sont émus : est-ce la fin des Editions IRMA ? Un mot pour rassurer les pessimistes ?

C’est vrai que c’est émouvant. Le premier est sorti en 1987, ça fait 31 éditions ! Mais l’annuaire en “papier” ne correspond plus vraiment aux besoins actuels. Donc, nous nous concentrons sur les solutions dématérialisées pour accéder à la base. Le Woffi, par exemple, propose un abonnement en ligne pour obtenir tous les contacts et les classer à sa convenance. Mais même cela n’est qu’une forme de réponse.

Aujourd’hui, la mise en relation doit aussi pouvoir se prolonger en ligne et nous développons une plateforme qui permet de gérer son identité, son réseau, d’émettre et recevoir des alertes, d’avoir des conversations privées… On a commencé cela avec notre site d’emploi, Irmawork. Il nous a permis de déployer une profilothèque, mais aussi des appels à projets, des recherches de prestataires, des index de compétences,… C’est cette orientation que nous allons développer.

…Donc la base de données de l’IRMA ne se réduit pas à l’Officiel de la Musique ?

Ah non. L’Officiel est une exploitation pour le papier… et même avec 750 pages, ce n’est qu’un extrait. En ligne, c’est beaucoup plus large. Pour vous donner une idée, la base de l’IRMA recense plus de 25.000 contacts. En plus, ces données peuvent être avec d’autres infos, nos articles, nos agendas, nos fiches pratiques,… mais aussi avec des choses qui ne sont pas forcément chez nous. Le tout, c’est de pouvoir l’administrer pour que ça soit simple pour l’utilisateur et responsable par rapport à l’écosystème. Ça demande de l’investissement et nous avançons progressivement.

Notre force, c’est que les gens savent qui on est et qu’on fait ça pour leur rendre service. C’est notre mission. On est dans le même secteur et on n’a pas d’intérêts privés, même cachés.

Parlons Formation professionnelle continue. C’est un sujet pour lequel le nouveau Président semble avoir de grandes ambitions et il y a déjà eu, même avant les élections, la réforme ayant conduit à la mise en place de Data-Dock. L’IRMA abrite un pôle de formations important et a été parmi les premiers organismes de formation à obtenir leur agrément. Combien de stagiaires accueillez-vous par an et quelle est la spécificité des formations IRMA pour les acteurs de la filière musique ?

L’an dernier, nous avons eu près d’un millier d’inscriptions. Mais ce sont des stages “courts”, d’une journée à une semaine. Beaucoup de gens en font plusieurs, suivent un parcours… On arrive à 800 personnes au total rien que sur 2016. Mais tout cela ne se fait pas qu’à Paris, nous avons des partenaires avec qui nous construisons des opérations en régions ou en outre-mer. Il y a tout un boulot d’ingénierie qui peut aussi nous amener à intervenir en entreprise, à concevoir des modules pour des organisations, des syndicats…

Sinon, pour nos spécificités, il faut comprendre que nous sommes dans la formation continue, entendue au sens large, comme l’est la réalité de ce secteur. Nos stagiaires sont dans déjà dans l’activité, cela peut aussi être au niveau associatif, voire bénévole. Coller au back office de la musique implique de considérer un continuum…

En fait, on a lancé notre activité de formation alors que rien n’existait dans ce secteur. L’idée, c’était de structurer le ”compagnonnage”, la transmission interne. D’ailleurs, nos intervenants sont majoritairement des professionnels en activités,… et tous nos auteurs de guides sont ou ont d’abord été formateurs chez nous. Les deux sont très liés et c’est pour cela que ces guides font partie intégrante des supports pédagogiques fournis aux stagiaires pour les cours. Notre offre est très transversale : elle concerne aussi bien le spectacle, la musique enregistrée que les droits, le management, la promo, la gestion, les financements, la sécurité… C’est comme pour la base de données qui couvre aussi bien les producteurs, que les magasins d’instruments ou les médias. Les services de l’Irma sont utiles et pertinents pour toute la “communauté” de la musique. C’est très large, mais très cohérent.

L’IRMA a récemment annoncé l’arrivée de trois personnes : Jérôme Paul-Hazard, responsable pédagogique des formations, Lisa Ageev-Lemaître, chargée de communication, et Alex Monville, conseiller en orientation. Quels défis/enjeux attendent ces nouvelles recrues et comment va s’organiser l’IRMA dans les mois à venir ?

Bienvenue à eux, oui. Pour le challenge, il y a leurs enjeux personnels, mais aussi, comme tu le dis, celui, plus global, pour la structure.

Jérôme arrive à la formation au moment où le responsable “historique” du département, Bertrand Mougin, va partir en retraite. A cette occasion, on a repensé l’organisation et, avec Monique Bauer, en coordination de l’activité, il s’agit de structurer la formation continue en écho aux besoins de la profession et en conformité avec la réforme. On a bien entamé cela avec le Data-Dock, mais il y a aussi d’autres challenges, des choses à construire dans l’optique de la formation en ligne et, comme toujours chez nous, des synergies à renforcer avec nos autres activités, la plateforme d’emploi par exemple. Jérôme n’est pas un inconnu pour nous. Il travaille dans la formation professionnelle depuis des années et il nous accompagnait déjà pour le tutorat des stagiaires de notre formation longue certifiée à l’Université de Nanterre.

La mission de Lisa arrive aussi à point nommé. Au-delà d’une fonction de communication, il s’agit de nous renforcer dans cette période de transition où nombre de nos activités changent de perspectives, notamment pour leur environnement numérique et l’innovation. Passée par Mains d’œuvres et Ouï FM, Lisa a déjà une vision large du terrain où nous agissons et apporte un regard neuf.

Quant à Alex, il reprend la prestation de conseil, longtemps assurée ici par Yann Perrin. Du coup, nous avons décidé d’étoffer l’activité et nous avons formalisé trois après-midi hebdomadaires pour assurer ces entretiens individualisés. De par son parcours d’accompagnateur d’artistes et de programmateur, Alex connaît parfaitement tous les rouages du métier et c’est amusant de le retrouver dix ans après qu’il soit passé par notre formation longue conçue pour l’université de Nanterre.

Pour la troisième année consécutive, l’IRMA organise le MaMA Invent, l’espace innovation de la convention MaMA, qui se tiendra du 18 au 20 octobre à Paris. Quel est l’objectif de cet espace et quels seront les thèmes phares de cette année ?

Le MaMA Invent est un vrai salon dans le salon. C’est une vitrine pour l’innovation dans la musique, qu’elle soit portée par de nouveaux intervenants ou témoigne des évolutions internes. On y trouve donc des exposants, des débats, des ateliers, des démos… c’est un forum de trois journées intensives où les échanges, formels ou informels, permettent de faire le point sur les réalités concrètes des mutations en cours et des entreprises qui les réalisent.

Dès le départ, le MaMA a fait le pari d’intégrer cette nouveauté au cœur même de la convention. Vu le succès, je crois qu’il a été prouvé que c’était une excellente idée. Plus que jamais, cette troisième édition s’appuiera sur tout ce que suit notre Pôle innovation durant l’année : la réalité virtuelle, les enceintes connectées, les métadonnées, les incubateurs, la blockchain, le live-stream, le cashless… Même résumé en mots-clés la liste serait trop longue à faire ici.

Les lieux d’exposition pour l’innovation se multiplient depuis quelques années, mais la force du MaMA Invent est d’être positionné en cohérence sur le champ musical et parfaitement inséré dans une filière active. Le networking y est complétement opérationnel tout en se déployant sur la diversité des activités : solutions pour les artistes, pour le spectacle, pour les labels, les médias, la gestion des droits, le traitement des données, la promo, l’international, les nouvelles écritures, l’expérimentation, le crowdfunding… Aujourd’hui, au-delà du programme, on peut dire que c’est LE lieu de rendez-vous pour toutes ces questions appliquées à la musique.

L’innovation dans la filière musique est une focale particulièrement importante pour l’IRMA, qui semble être la seule entité à vraiment creuser le sujet dans tous les sens : études (première Enquête des Start-Ups de la Musique), annuaire, rencontres (Get Up Start-Up)… pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui vous pousse dans cette direction ?

Oui, c’est ce que je disais en évoquant ce travail à l’année. Nous nous sommes emparés de cette question depuis un petit moment déjà et nous y avons basculé tout notre savoir-faire de ressources. Du coup, nous avons pu formaliser un pôle dédié, animé par Fabrice Jallet, que les organisateurs d’événements et les médias s’arrachent désormais. Il existe une vraie appétence pour tous ces sujets et nous l’étayons d’expertises, d’observation, de veille, de données, de mises en relation, de rencontres, de conseil…

L’écosystème a déjà engagé sa mutation, tant d’un point de vue économique que créatif ou encore par l’évolution de ses acteurs. Lors de notre première enquête sur les startups de la musique, nous avons fait ressortir que 86% d’entre elles développaient une offre B2B. Quand les prestations s’insèrent ainsi dans le tissu, cela veut dire que c’est l’infrastructure elle-même qui s’est transformée. C’est notre métier d’y être présents.

Un dernier mot pour la fin ?

Heu… ? Merci. Ah, si. Plus sérieusement, une petite réflexion sur l’enjeu de la Ressource, quel que soit son champ d’application : la Ressource — en tant que fonction d’accompagnement et d’outillage — soutient les parcours individuels et amène plus d’autonomie, mais elle permet aussi de rendre visible, nourrir et élargir les débats. En cela, elle aide à extraire les conversations de l’enfermement de l’entre soi. En ces temps de bulles filtrantes, c’est un enjeu démocratique…

NB : Le plaidoyer de Gilles Castagnac pour la « Ressource » et une innovation insérée dans la filière ne date effectivement pas d’aujourd’hui, voici ce qu’il écrivait, en 2012, pour nourrir le projet de Centre national de la musique (CNM). 

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