Artiste-musicien chevronné, écrivain engagé & multi-entrepreneur, Blick Blassy ne s'arrête jamais. Synchro Apple, tournée fleuve, Prix littéraire pour son premier roman sont autant de récompenses dont plus d'un se serait satisfait. Mais non. Après avoir créé l'association Mis en Art, qui produit le site de veille et d'informations sur le secteur de la musique Wanda-Full, l'artiste se lance dans la web-série. Wanda-Full Artistik' Concret, diffusée sur YouTube, est une chronique audiovisuelle sur l’auto gestion et le développement de carrière artistique par un Artiste pour les Artistes. Un sujet passionnant à l'heure où de nombreux artistes doivent monter leur projet en mode DIY. A l'occasion du lancement officiel de la web-série le 8 septembre prochain, nous en avons profité pour poser quelques questions à Blick Blassy sur son parcours, sa vision de l'artiste auto-géré & de l'écosystème de la musique.

Blick Blassy

Pouvez-vous revenir sur votre parcours & présenter vos différentes activités ?

Je suis artiste musicien et écrivain d’origine Camerounaise. Après 10 ans de carrière avec le groupe Camerounais Macase que j’ai créé, j’ai décidé de partir du Cameroun pour aller à la rencontre d’autres terriens à travers mon émotion, mes vibrations et l'amour que je traduis en musique.

Je suis donc arrivé en France en 2005 où j’ai entamé une carrière solo. Cette étape m’a permis de faire mes classes en jouant dans les bars parisiens pendant deux ans tout en établissant une stratégie pour le développement de ma carrière. Ensuite j’ai signé avec le label hollandais World Connection pour 3 disques. J’en ai fait deux puis je suis parti car je pressentais des complications majoritairement dues à la disparition du support physique.

Parallèlement à mon auto-management, j’avais créé un label au Cameroun BB PROD à travers lequel je produisais des artistes de musique urbaine comme le rappeur Koppo, les Rap-Conteurs

En 2014, après avoir enregistré mon dernier album, j’ai fait la rencontre de Laurent Bizot du label No format avec qui j’ai signé et depuis la sortie de mon album en 2015, je suis sur la route, en tournée. Dans le même temps, je gère quelques projets à travers mon association Mis en Art qui a produit Wanda-full, la série sur l’auto management de carrière, après le site de veille et relais d’informations autour des métiers de la musique mis en place depuis maintenant deux ans.

Je donne également des ateliers autour de l’auto-développement de carrière et le dévouement personnel essentiel pour un artiste, mais aussi sur les questions de musique et nouvelles technologies, l’édition, le droit d’auteur (ayant fait une formation à l’IRMA). J’ai également été secrétaire général à Zone Franche où je suis encore au conseil d’administration. Bref, le métier me passionne et sa compréhension tout autant.

Etant impliqué comme beaucoup de personnes sur le développement et l’émancipation des citoyens Camerounais et africains, j’ai publié l’an dernier aux éditions Gallimard un roman. "Le Moabi Cinéma” a pour but de mettre en lumière quelques contre-vérités mais surtout de sensibiliser les nouvelles générations, qui ne m’attendent d’ailleurs pas, sur l’urgence de se prendre en main et de redéfinir nos référentiels et règles, de construire notre propre scène là-bas, en racontant aussi la réalité de la vie en occident.

Nous travaillons en ce moment sur d’autres beaux projets avec Mis en Art et l’association Musiques de Nuit de Patrick Duval, ici en Aquitaine où j’ai déménager, avec notamment le projet Singü, autour du développement personnel à travers l’art… J’aurai l’occasion de vous parler prochainement d’autres beaux projets en cours.

Après le site et la newsletter Wanda-Full Artistik Concret’, vous venez de lancer la web-série: pouvez-vous nous présenter ce projet ?

A la suite des ateliers que j’ai donné il y’a quelques années dans 23 pays en Afrique avec le soutien de la Sacem et l’Institut Français, je voulais aller plus loin dans la sensibilisation sur la nécessité de comprendre les éléments de base en tant qu’artiste et donc principal concerné. Le progrès impacte la société et donc nos comportements, notre environnement et nos différents métiers. Cette série a donc pour objectif de parler à l’artiste car nous avons changé d’époque et il est essentiel pour chaque artiste d’avoir un minimum de compréhension de l’environnement dans lequel il évolue afin de mieux avancer. Telle est la ligne principale de cette première saison.

Basée sur mon expérience personnelle, je partage ma démarche et je voudrais inviter d’autres à le faire. C’est la raison pour laquelle non seulement nous ferons d’autres saisons, mais nous l’étendrons au théâtre, à la danse, aux arts visuels avec à chaque fois, un artiste qui sera le fil conducteur, une story sharing.

En quoi le format de web-série diffusée sur YouTube vous a-t-il semblé le plus approprié pour ce projet ?

Nous vivons désormais dans une société de l’image grâce aux objets connectés, ou une information chasse une autre, alors j’ai pensé que le meilleur moyen serait de raconter ma démarche, mon parcours en expliquant les choses le plus simplement possible à travers la vidéo pour mieux toucher ma cible, Les plateformes de streaming sont devenues des médias non seulement à la portée de tous, mais défiant également toute notion de territorialité.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à produire un contenu pour les artistes sur l’auto-gestion & le développement de carrière ?

Je me suis rendu compte que plusieurs de mes collègues artistes avaient du mal à comprendre pourquoi leurs projets, quand ils en avaient un, ne fonctionnaient pas. Ayant pris l’habitude de participer aux forums pour managers, éditeurs, producteurs pour mieux comprendre le métier, je me suis rendu compte que très peu d’artistes avaient cette démarche et qu'ils ignoraient tout simplement les fondamentaux du fonctionnement du métier, mais surtout ne portaient aucun intérêt à vouloir comprendre car ils avaient abandonné cela aux managers, qu’ils n’avaient même pas. Recevant beaucoup de questions de jeunes artistes africains sur les contrats, le rôle d’un éditeur ou d’un distributeur, je me suis dit que personne d’autre qu’un artiste ne pouvait parler à d’autres artistes sur l’importance de comprendre un minimum leur métier. Au delà de cette idée, nous voyons bien que la structuration et l’organisation sont au centre de toute évolution, mais aussi que lorsque la structure se désintègre à cause d’une mutation et d’une période de transition, il vaut mieux avancer ensemble pour faire bloc. C'est ce qu’ont compris quelques collectifs comme Coax...

Qui sont vos différents partenaires sur Wanda-Full Artistik Concret’ ?

Lorsque j’ai commencé ce projet, mon premier partenaire était D-vox, une boite de production et réalisation de documentaires qui a d’ailleurs fait un travail formidable. Ensuite, j’en ai parlé à Africa Express et le Roskilde Festival qui ont tout de suite décidé de m’accompagner financièrement. Puis la Sacem et la Gam sont arrivés, ainsi que RFI, Music in Africa et Purple Base pour un partenariat de diffusion. J’en ai sollicité d’autres qui n’ont malheureusement pas compris le projet, je pense qu’il faut penser également à expliquer à certaines structure que les choses ont changé.

Le 20 octobre, vous participerez au MaMA Festival, à la table ronde « Artiste musicien, pourquoi il est essentiel de comprendre les outils de base pour un développement de carrière ? », avec Polo Ruez de Bob El Web & modérée par Emily Gonneau. Quels sont les points que vous avez prévu d’aborder ?

C’est une belle opportunité pour moi de présenter ce projet qui, à mon sens, ne m’appartient pas personnellement, mais plutôt aux artistes, et aussi de sensibiliser les professionnels de la musique à venir écouter la vision d’un artiste. Cela qui leur permettra aussi de comprendre la nécessité d’unir nos forces car nous ne sommes pas les uns contre les autres, mais plutôt ensemble. C’est pour cela qu’une meilleure compréhension du métier par l’artiste facilite la tâche et fait avancer encore plus vite. J’aborderai donc l’urgence pour les uns et les autres, artistes, manager, éditeurs, de se mettre à jour et peut-être de repenser aussi les collaborations dans une société qui n’est qu’au début d’un mouvement participatif, pour une collaboration gagnant-gagnant.

Si les artistes qui sont dans une démarche d’auto-management devaient retenir un seul conseil, que serait-il ?

Nous avons la chance chacun de nous d’être unique, singulier dans une société globale. Etre soi-même sera ce qui vous démarquera des autres sans aucun effort. Rajouté à cela une compréhension de l’environnement nous donne l’opportunité de proposer un projet authentique et cohérent qui, s’il est entretenu, a des chances d’avoir une longue durée de vie.

Un dernier mot pour la fin ?

J’espère que comme moi, beaucoup d’artistes ici ou ailleurs rentreront dans cette démarche de story sharing, mais surtout qu’ils créeront encore plus de collectifs, d’associations, afin de partager de valeur, de connaissance et de participer à l’émancipation des uns et des autres. Nous avons un métier incroyable, essayons de mieux le connaître.

Retrouvez Blick Bassy sur Twitter & Wanda-Full Artistik Concret sur YouTube et Facebook

© Propos recueillis par Emily Gonneau - Crédits : David Balicki

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