Clotilde Bernier, responsable de formations et de l’accompagnement à la Paloma, la SMAC de Nîmes Métropole, est pétillante et pleine d’énergie, et lorsque Emily s’y est rendue le 26 janvier 2017 pour animer un atelier sur le thème « La vie numérique de mon projet », on en a profité pour l’interviewer. Elle nous parle de son travail, de la nécessité d’une structure comme la Paloma dans la ville et de la musique à Nîmes (de jolies découvertes !).

Pouvez-vous nous présenter Paloma et ce que vous y faîtes ?

Paloma, c’est un lieu en périphérie de Nîmes, un bâtiment moderne inauguré en septembre 2012 et pensé pour les musiques actuelles. Deux
salles de concert avec des jauges variables de 300 à 1350 places, 7 studios de création-répétition et une régie pour l’enregistrement, des appartements pouvant loger jusqu’à 14 personnes, des salles de réception … et une équipe de 21 personnes pour accomplir un projet artistique et culturel copieux emmené par mon directeur Fred Jumel. Les activités sont multiples et répondent au cahier des charges du label Scène de musiques actuelles du Ministère : plus de 100 concerts de tous styles et pour tous les goûts, tous les âges, le festival This is not a love song, des actions envers différents publics spécifiques …

Et enfin une forte activité autour de la pratique de la musique. Ça, c’est mon dada : faire en sorte que tous les musiciens du coin, quelque soit leur âge, leur niveau, leur job, leur sexe, puissent pratiquer la musique dans de bonnes conditions. Plutôt cool comme mission. Avec
mes collègues Julien, Adrien, Denis et Christian, on met en place des ateliers, de l’accompagnement artistique ou technique, des réunions d’information, du conseil pour structurer son projet et devenir une star internationale - ou juste une star de la fête de la musique à Bouillargues, c’est déjà top.

Paloma n’a ouvert qu’en 2012 et est encore toute jeune. En quoi était-il important d’ouvrir une SMAC à Nîmes ?

Avant Paloma, le nîmois mélomane (voire qui avait le malheur d’être musicien) avait le choix entre un café-concert de 60 places et les concerts dans les arènes en juillet … Pas de lieu non plus pour bien travailler, préparer un concert. Le premier concert que j’ai vu à Nîmes début 2012 c’était du reggae, et on était assis dans un théâtre – une nouvelle expérience pour moi ! J’ai tout de suite senti que plein de gens se battaient depuis des années pour que cette situation ne dure pas et que ces pratiques, ces passions, soient enfin prises en compte. En septembre 2017, nous fêterons nos 5 ans. Nous pouvons déjà annoncer des moyennes annuelles de 50 000 spectateurs, 200 groupes inscrits aux studios de répétition, 120 rendez-vous conseil aux musiciens, des dizaines d’ateliers de découverte d’instruments, 130 bénévoles … Je crois qu’on comble un vrai manque.

Comment décririez-vous la scène musicale Nîmoise et quelles sont ses particularités ?

On m’avait vanté un territoire uniquement constitué de groupes de ska … je cherche encore ! Je croise tous les jours de nombreux musiciens de tous styles, de tous âges. Pas assez de femmes bien sûr (autour de 12% de femmes fréquentent nos studios), donc on fait attention à enlever les barrières qui pourraient les retenir de faire de la musique, de monter sur scène …

Difficile de choisir qui mettre en avant. Les artistes de notre pépinière bien sûr :

-       Harold Martinez, l’incontournable folkeux camarguais

-       Mofo party plan, pour faire bouger la tête et les jambes

-       Perfect hand crew, du hip hop lourd

-       Volin, un trio rock fiévreux et poétique

-       Ilhaam project, un duo pop-world envoûtant.

Et puis des projets prometteurs et féminins que j’adore : la Pietà (des textes et du beat – plutôt salé) et Loheem (des textes et du beat – plutôt sucré).

Quels sont les besoins en matière de formations et d’accompagnements que les artistes et professionnels de la musique rencontrent ?

La difficulté que j’ai identifiée est qu’aujourd’hui la musique se vend moins bien, donc rapporte moins, donc moins de gens
investissent et produisent les nouveaux projets. Avant d’acquérir un entourage professionnel solide, l’artiste doit désormais tout gérer seul : la musique bien sûr, mais aussi sa communication, ses enregistrements, ses concerts …  Je constate que l’autoproduction se fait la plupart du temps à défaut de mieux. A Paloma, on essaye de donner des réponses à toutes ces questions. On a donc mis en place des rendez-vous réguliers dans lesquels chacun peut piocher :

-      
les WikiPaloma : temps d’initiation sur divers sujets tels que l’intermittence, les droits d’auteurs, la gestion de son image numérique …

-       des premières scènes : des showcases appelés
Capsules, des plateaux mensuels appelés Local heroes

-       les Dans tes rêves : rencontres avec les têtes d’affiches programmées qui
peuvent être de bon conseil. Danakil par exemple est un exemple passionnant d’autoproduction où chacun des musiciens joue un rôle essentiel dans l’organisation globale du groupe  …

Le 26 janvier, Emily a été invitée pour un WikiPaloma sur le thème « La vie numérique de mon projet ». En quoi ce sujet vous a-t-il paru important à aborder ?

J’ai vu Emily intervenir il y a un an sur ce sujet, lors d’un séminaire du Collectif RPM. Les informations étaient vertigineuses et tellement concrètes. J’ai immédiatement pensé à la faire venir pour qu’elle puisse transmettre aux musiciens locaux ce savoir. Internet, on se dit facilement que selon les générations, les artistes s’emparent plus ou moins bien de l’outil. Mais au-delà de cette généralité, j’ai pu observer que quelque soit le media, il est très difficile pour un artiste de parler de lui objectivement. Et le média aujourd’hui, c’est Internet, les réseaux sociaux, les mails, le streaming … La douzaine de personnes qui a suivi cette journée avec Emily est repartie mieux armée pour affronter ce monde numérique et sa propre image.

Un dernier mot pour la fin ?

Paloma est une belle maison et grande maison. Il y a de la place pour tout le monde : viens !

Retrouvez toute l’actualité de la Paloma de Nîmes sur Facebook, Twitter et leur site Internet.

© Propos recueillis par Clara Pillet

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