Il y a un an maintenant, nüagency installait ses bureaux à Mains d'Oeuvres, un lieu unique que l'agence intégrait de surcroît en tant que structure résidente. Notre attachement aux murs, mais surtout à l'esprit, aux valeurs de Mains d'Oeuvres et de son équipe, n'a cessé de se fortifier. Il se passe beaucoup de choses ici, tellement d'ailleurs, que nous voulions donner la parole à la directrice. 13ème anniversaire du lieu, eco-chantier performance pour la réhabilitation des ateliers et campagne de financement participatif en cours : Camille de Wit nous parle de l'actualité et des projets les plus ambitieux de Mains d'Oeuvres, qui a, plus que jamais, besoin de vous.
 
Nüagency :  Est-ce que tu peux présenter Mains d’œuvres et ce que tu y fais ?

Camille de Wit : Mains d’Oeuvres est un lieu de création artistique pluridisciplinaire basé à Saint-Ouen dans une ancienne friche industrielle qui appartenait à Valeo. C’est un lieu de 4000 m2 dans lequel nous accueillons des artistes, des musiciens, des compagnies de théâtre, des compagnies de danse, des plasticiens qui viennent travailler ici et nous, notre travail, c’est de les accompagner dans la mise en place de leurs projets et aussi de les aider à structurer leurs compagnies, leurs associations. A Mains d'Oeuvres, on fait plein de choses. On a aussi bien un restaurant ouvert le midi, qu’une salle de concert, une salle d’expositions, une salle de spectacles et puis on accueille aussi pas mal d’artistes pendant le processus de création. Parce que ce qui nous intéresse nous, c’est la rencontre entre les artistes et les habitants. Donc on fait pas mal d’ateliers, de rencontres, dans les collèges, les écoles et ici, à Mains d’œuvres bien sûr, mais aussi dans des prisons ou dans des lieux un peu atypiques, comme des instituts médico-éducatifs ou à l’hôpital.

Je suis la directrice de Mains d’Oeuvres, je coordonne la mise en place de tous ces projets, de toutes ces activités et j’essaye de mettre en place une stratégie pour que le lieu puisse continuer à vivre, à exister et à accueillir des artistes émergents qui continuent à travailler ici.

N : Mains d'Oeuvres a lancé le 10 octobre une campagne de financement participatif pour réhabiliter 300 m2 en ateliers d’artistes. Peux-tu nous présenter le projet et ses objectifs de cette campagne qui clôturera le 13 décembre prochain  ?

CdW : Mains d’Oeuvres est donc un lieu de création artistique mais depuis 2010…nous n’avons hélas plus d’espace pour accueillir les plasticiens suite à un sinistre (incendie) dans les entrepôts mitoyens qui ont été dévastés. Cela fait plusieurs années que l’on se demande ce que l’on pourrait faire pour pouvoir recréer des espaces. Les bâtiments appartenant à la ville, on a essayé de voir avec la ville ce qu’il était possible de faire, notamment de créer un nouvel espace, mais comme cela prend beaucoup de temps, on a décidé de faire un autre type de projet en lien avec les valeurs de Mains d’œuvres. C’est ainsi qu’est née l’idée de la réhabilitation et du recyclage. Le lieu étant basé dans une ancienne friche, l’idée était justement de recycler un bâtiment pour lui redonner vie et on s’intéresse au recyclage et à la récupération de matériaux.

On a donc fait un premier prototype dans le gymnase en créant un mur en matériau recyclé avec de la paille. On souhaite maintenant créer un espace pour les plasticiens avec la même démarche, c’est pourquoi on travaille avec les architectes Belastock, un collectif basé sur l’île Saint Denis. Avec eux, on essaye de trouver des matériaux qui sont issus de chantiers de construction ou de démolition sur le territoire de Plaine Commune, qui est le nôtre. Ainsi, on récupère des matériaux d’isolation, des fenêtres, des portes, parce que c’est ce dont on a besoin. L’idée est de créer une filière pour pouvoir réutiliser ces matériaux et leur donner une seconde vie. Il y a de nombreux matériaux qui ne sont pas du tout utilisés sur les chantiers de construction et qui partent à la poubelle et polluent. Les récupérer permet de faire d’autres choses dans un but d’intérêt général.

On a déjà eu des financements de la région pour ces ateliers mais il nous manque encore un peu d’argent pour les financer complètement. Ceux-ci sont dans des containers qui vont être aussi réhabilités, et à l’intérieur desquels toute l’installation va être faite avec des matériaux recyclés. C’est aussi une innovation architecturale parce qu’on a plein de morceaux d’isolants, par exemple, et qu'il va falloir réfléchir à un design pour les utiliser. On veut aussi donner de la visibilité à ce type de démarche et dire aux habitants, aux artistes, qui vont venir dans ces espaces là, de prendre conscience de la problématique des déchets liée à la construction et à la démolition sur le territoire. Au-delà des ateliers des plasticiens, on souhaite aussi avoir des espaces utilisés par des initiatives locales. Nous avons par exemple un artiste qui s’appelle Yro Yto qui veut faire une bière locale, d'autres habitants de Saint-Ouen veulent créer une épicerie solidaire. C’est important de créer un espace convivial, de rencontre entre les artistes et les habitants qui ont une projet local.

N : Nüagency fait partie des structures résidentes à Mains d'Oeuvres depuis un an maintenant. Peux-tu nous en dire plus sur les raisons pour lesquelles vous avez accueilli l'agence ainsi que sur le profil des résidents du lieu ? 

CdW : Mains d’Oeuvres accueille des artistes en résidence pour les aider à se structurer et à monter des projets. Ce qui est intéressant ici, c’est qu’il y a des bureaux partagés pour que l’accompagnement ne vienne pas seulement de l’équipe du lieu. L’idée est que les différentes structures en résidence puissent se conseiller et intéragir les unes avec les autres.

Depuis plusieurs années on n’a pas seulement des artistes en résidence, on a également d’autres structures qui gravitent dans le milieu culturel, autour des artistes. Celles-ci peuvent-être des structures de management de musique, des labels, des réseaux, des collectifs de commissaires. Depuis l’année dernière, nous accueillons en résidence le collectif Nüagency. Leur profil nous intéressait particulièrement parce que leur équipe souhaitait développer des formations autour des réseaux sociaux et de l’accompagnement dans le domaine de la  communication web. C’est l’un des besoins très concrets qu’ont pu relever des artistes en résidence à Mains d’Oeuvres et on trouvait cela pertinent d’accueillir Nüagency, afin qu’une structure puisse co-accompagner quelques artistes avec nous sur leurs besoins en communication. Nüagency en résidence à Mains d’Oeuvres c’était aussi un co-accompagnement du lieu lui-même en bénéficiant de leur leur expertise sur la stratégie à mettre en place sur les réseaux sociaux.

 

N: Quels sont les critères et démarches nécessaires pour toute personne souhaitant devenir résident-e à Mains d'Oeuvres ?

CdW : Les artistes et structures qui sont en résidence à Mains d’Oeuvres sont choisies par les accompagnateurs. On a un accompagnateur par structure en fonction de son domaine: musique, spectacle vivant, arts visuels et Blandine, la chargée de communication du lieu, aussi, qui accueille des résidents, qu'ils soient vidéastes, graphistes, ou agence de communication web / organisme de formation comme l'est Nüagency. Chaque année, on accueille environ 4 à 5 structures différentes qui restent entre 1 et 3 ans maximum dans le lieu. Les résidents sont accompagnés mais ont également des espaces de travail et des espaces plus ou moins communs qu’ils peuvent utiliser comme salle de réunion ou lieu de création.

Pour le choix des artistes et de ces structures, ce qui nous intéresse, c’est d’accueillir des équipes qui vont être dans le partage et dans la rencontre avec les autres, pas isolées dans un bureau toutes seules mais bien dans un lieu participatif, en prenant part au projet Mains d’Oeuvres. L’idée est vraiment d’aller à la rencontre des autres structures en résidence dans le lieu. C’est l’un des critères importants par rapport à notre envie d’accueillir toutes ces structures.

Ensuite, ce sont des entités qui débutent et qui ont d’autant plus besoin de s’ancrer sur un territoire, dans un lieu. Elles vont créer leurs premiers emplois, les personnes ne peuvent donc pas travailler chez elles. Il leur est nécessaire d’avoir un bureau dans un lieu professionnel pour pouvoir justement détacher leur vie privée de leur vie professionnelle. Donc ça, c’est un deuxième critère qui est pour nous important.

Si vous voulez entrer en résidence à Mains d’Oeuvres, il faut envoyer un mail à l’un des accompagnateurs : spectacle vivant, arts plastiques, arts visuels ou communication et le ou la responsable vous rencontre et voit si il y a possibilité d’accueillir votre projet, s'il y a déjà ou bientôt des places qui se libèrent, si cela est pertinent par rapport aux autres artistes, aux autres résidents qui sont déjà dans le lieu.

 

N : Si tu devais rajouter une chose de plus, que dirais-tu?

CdW : La campagne de crowdfunding se termine le 13 décembre, qui n'est autre que la date anniversaire de la création de Mains d’Oeuvres ! Ce jour là, on organise une grande fête, au cours de laquelle les artistes en résidence vont présenter des performances, assurer des DJ sets et des concerts, tout le lieu sera en ébullition. D'ailleurs, Mains d'Oeuvres invite les 50 premiers soutiens de la campagne de financement participatif. Pour venir découvrir ce lieu unique, le 13 décembre est donc la bonne occasion de venir en fêter l’anniversaire avec nous de 18h à 3h du matin !

© Propos recueillis par Emily Gonneau

 

Liens autour de Mains d'Oeuvres

- Le lieu : Site internet / Facebook / Twitter

- Soutenir l'Eco-Chantier Performance : KissKissBankBank

- Réserver sa place pour la fête d'anniversaire de Mains d'Oeuvres le 13/12/14 : Billetterie

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